Le cap Fréhel est noir de monde, la flotte la plus fournie de l'histoire de la course s'élance, et quelques heures plus tard, les bateaux se retournent. À quelques semaines du départ de la 13e Route du Rhum, le 1er novembre, retour sur l'édition 2002, qui a mis les multicoques à genoux et couronné Michel Desjoyeaux.
En bref
- Dès les premières heures de la Route du Rhum 2002, une violente tempête provoque casse, chavirages et abandons, surtout chez les multicoques.
- Franck Cammas chavire de nuit, Jean Le Cam percute son trimaran retourné, et Bertrand de Broc renonce quelques heures après le départ.
- Michel Desjoyeaux s'impose devant Marc Guillemot et Lalou Roucayrol, malgré des conditions que beaucoup décrivent comme dantesques.
Le chiffre clé : 18 multicoques, au départ, presque tous flambant neufs, face à une violente dépression annoncée.
Un plateau sans précédent au bassin Vauban, et une dépression en embuscade
Michel Desjoyeaux n'est pas connu pour déballer ses sentiments. Pourtant, en entrant dans les écluses quelques jours avant le départ, le marin vit un moment qu'il juge unique. Le bassin Vauban affiche un plateau que la course n'avait jamais réuni : 18 multicoques, presque tous flambant neufs, et autant de monocoques de 60 pieds, sans parler de tous les autres concurrents.
Cette 8e Route du Rhum s'annonce spectaculaire. On attend le show avec gourmandise. Mais dans les jours qui précèdent le départ, l'enthousiasme cède la place à l'inquiétude. Dans les cellules de routage, les spécialistes épluchent les prévisions, et elles sont mauvaises : une violente dépression est annoncée, et le mot est faible.
Chacun cherche la sortie de secours. Plus personne ne parle de performance. L'enjeu devient de tracer une route cohérente au milieu de la tempête. Voilà le décor : des machines neuves, lancées en solitaire, face à un système météo qui ne laisse presque aucune marge.
Dimanche 10 novembre, le cap Fréhel retient son souffle
Comme à chaque édition, le cap Fréhel grouille de spectateurs venus voir passer les multicoques. Ce jour-là, la foule admire, mais elle tremble aussi à l'idée de voir tous ces marins s'engouffrer dans la gueule du diable.
Franck Cammas franchit la célèbre bouée du cap juste derrière Loïck Peyron. Il est confiant, et il fait partie des favoris. Sa première participation au Rhum remonte à quatre ans plus tôt, et depuis, il a pris de l'épaisseur et accumulé les milles.
La nuit tombe, et la situation météo est déjà instable. Dans le golfe de Gascogne, les premières heures de la Route du Rhum ont souvent été marquées par des abandons depuis 1978, car la traversée en novembre est rarement de tout repos. Cette fois, l'accumulation des avaries est vertigineuse.
Cammas chavire, Le Cam percute son trimaran retourné en pleine nuit
Cammas réduit sa voilure puis rentre au chaud préparer une soupe. C'est là que tout bascule. Il raconte avoir senti le bateau gîter sur une rafale, comme d'habitude. Sauf que cette fois, le trimaran ne revient pas. Il ressort, tombe en arrière et se retrouve pendu à l'écoute de grand-voile, éjecté du bateau.
Le skipper vient de frôler le pire, et le trimaran lui retombe sur la tête. Miraculeusement, il n'a rien. Un peu sonné, il réussit à regagner l'habitacle de son bateau retourné.
Il n'a pas le temps de souffler. Un choc violent secoue la coque : dans l'obscurité, Jean Le Cam vient de percuter le trimaran chaviré. Les deux hommes se retrouvent nez à nez, au milieu de l'océan, dans une situation surréaliste. Un troisième marin évite de justesse le carambolage.
Bertrand de Broc renonce quelques heures après le départ et ose dire pourquoi
L'abandon de Bertrand de Broc fait grand bruit. Il est réputé pour sa résistance et son sang-froid, et pourtant, quelques heures seulement après le départ, il rentre à Brest. Sur son multicoque, il a les jambes qui tremblent et se sent incapable de quitter la barre. Il enfile des vêtements secs, se force à avaler des pâtes préparées le matin, puis réfléchit.
Naviguer en solo là-dessus est un truc anormal.
Bertrand de Broc, skipper, cité par France 3 Régions
Il explique que les conditions étaient pourtant tranquilles, mais que la machine mentale nécessaire pour mener ces bolides s'était arrêtée. Il avait perdu ses repères. Il dit avoir préféré ne pas risquer sa vie ni celle de son bateau, et ne pas faire la course de trop. Il se souvient de Loïc Caradec en 1986, qui n'est jamais revenu de sa dernière transat en solitaire.
Les solitaires de multicoques évoquent rarement la peur. De Broc la nomme. Jean Louis Touzet résume : quoi qu'il dise à la presse, il sera jugé comme celui qui a démissionné, mais il a eu raison de se montrer honnête, car cela permet de garder l'estime de soi.
Joyon et Bourgnon chavirent à leur tour, Desjoyeaux tire son épingle du jeu
Ce sont surtout les bateaux les plus au sud qui encaissent le gros de la tempête. À 175 milles au large de La Corogne, Francis Joyon est en pleine manœuvre au pied du mât quand le grain arrive. Le bateau monte sur un flotteur, et tout se joue en deux secondes. Il prévient le comité de course de son chavirage, mais refuse toute assistance.
Yvan Bourgnon connaît le même sort. Une rafale fait exploser les compteurs de son trimaran : 80 nœuds, soit près de 148 km/h. Projeté sur la table à cartes, il ne veut pas non plus abandonner son navire fracassé. Philippe Monnet, détenteur de deux records du monde en solitaire et habitué aux conditions extrêmes, n'avait lui non plus presque jamais vu cela.
| Skipper | Ce qui lui arrive |
|---|---|
| Franck Cammas | Chavire de nuit, éjecté puis réfugié dans la coque retournée |
| Jean Le Cam | Percute le trimaran chaviré de Cammas |
| Bertrand de Broc | Abandonne quelques heures après le départ, rentre à Brest |
| Francis Joyon | Chavire à 175 milles de La Corogne, refuse l'assistance |
| Yvan Bourgnon | Rafale à 80 nœuds, refuse d'abandonner son trimaran |
Dans ces conditions dantesques, la casse et les abandons frappent surtout les multicoques. Michel Desjoyeaux, lui, tire son épingle du jeu et s'impose devant Marc Guillemot et Lalou Roucayrol. À quelques semaines du départ de 2026, le rappel est utile : sur le Rhum, la météo des premières heures peut décider d'une course avant même la sortie du golfe de Gascogne.
Vos questions
Pourquoi la Route du Rhum 2002 est-elle considérée comme l'une des plus éprouvantes ?
Une violente tempête a frappé la flotte dès les premières heures de course. Elle a semé la casse et provoqué une vague d'abandons, surtout chez les multicoques, avec plusieurs chavirages dont ceux de Franck Cammas, Francis Joyon et Yvan Bourgnon.
Qui a gagné la Route du Rhum 2002 ?
Michel Desjoyeaux a remporté l'édition 2002. Il s'est imposé devant Marc Guillemot et Lalou Roucayrol, dans des conditions décrites comme dantesques.
Quand part la prochaine Route du Rhum ?
La 13e édition, baptisée Route du Rhum, Destination Guadeloupe, s'élance le 1er novembre. Le départ de 2002, lui, avait été donné un dimanche 10 novembre, pour la 8e édition.
Sources : france3-regions.francetvinfo.fr.








