Le départ de la Route du Rhum 2026 est fixé au 1er novembre. Avant de scruter la météo, remontez en 2006 : Lionel Lemonchois, 46 ans, traverse l'Atlantique en 7 jours, 17 heures et 19 minutes sur Gitana 11. Un marin discret, un record pulvérisé, un talent révélé au grand public.
En bref
- Lionel Lemonchois, marin normand, relie Saint-Malo à la Guadeloupe en 7 jours, 17 heures et 19 minutes sur le trimaran Gitana 11.
- Il bat le record de Laurent Bourgnon grâce à une météo rarement aussi favorable et à une stratégie sud plus directe.
- Il signe une journée à 475 milles, soutenu par une équipe à terre qui l'aide à choisir sa route vers la Guadeloupe.
Le chiffre clé : 7 jours, 17 heures et 19 minutes, Temps de traversée de Lionel Lemonchois sur Gitana 11 en 2006.
Un marin de l'ombre qui assume d'être le favori
Ce n'est pas son style. Lionel Lemonchois a longtemps été l'équipier que l'on s'arrache sur les courses en équipage, plutôt habitué à se fondre dans le décor. Au départ de la Route du Rhum 2006, il fait l'inverse : il se sent fort, et il le dit à la presse comme à son entourage.
Il a de quoi. Pour cette 8e édition, il barre Gitana 11, le trimaran de l'écurie du baron Benjamin de Rothschild. Le contraste fait sourire certains au début : le marin discret et le grand nom du monde de la voile, deux univers qui se croisent. À 46 ans, après des milliers de milles parcourus en équipage, il prend enfin le large en solitaire. C'est ce qu'il attendait depuis longtemps.
Après le chaos de 2002, les marins veulent leur revanche
L'édition 2002 avait laissé un goût amer. Une vague de chavirages et d'avaries avait déclenché de vives critiques. Certains remettaient même en cause le principe de courir en solitaire sur des machines aussi puissantes que les trimarans.
Les marins n'ont pas renoncé. Ceux qui avaient connu les naufrages de 2002 ont renforcé leur bateau, appris à mieux anticiper et se sont préparés comme des athlètes. Thomas Coville résume l'attrait de ces bateaux :
Le multi agit comme un aimant. Plus tu en fais, plus tu éprouves une sensation de maîtrise et de fierté.
Thomas Coville
Une pétole au départ, puis une météo exceptionnelle
Le début de course ne ressemble pas à un record. Devant le cap Fréhel, le vent ne dépasse pas cinq à sept nœuds. Les 74 skippers enchaînent manœuvres et réglages pour guetter la moindre risée, et les premières vingt-quatre heures sont usantes.
Puis les options se dessinent. Cammas, Bidégorry et Desjoyeaux choisissent une trajectoire nord. Coville et Lemonchois préfèrent le sud, plus direct.
Ensuite, tout s'enchaîne. Habituellement, les concurrents doivent d'abord composer avec les dépressions du golfe de Gascogne avant de retrouver les alizés. Cette année-là, un flux d'est accompagne la flotte jusqu'aux Açores, et les alizés prennent le relais. Une situation rarement aussi avantageuse : sur les multicoques, les flotteurs décollent et les marins s'amusent.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Édition | 8e Route du Rhum |
| Skippers au départ | 74 |
| Vent au départ | 5 à 7 nœuds |
| Âge de Lemonchois | 46 ans |
| Distance sur 24 heures | 475 milles |
| Temps de traversée | 7 j 17 h 19 min |
475 milles en 24 heures, et un skipper injoignable
Lemonchois ne lâche rien. Il allonge la foulée un peu plus chaque jour et avale 475 milles en 24 heures. Son ressenti est sans détour : « Je m'éclate. Je savais qu'il fallait être dessus au départ pour ne pas se faire distancer et attraper le bon ascenseur pour les Antilles. »
Il communique peu avec l'extérieur, sauf pour miner le moral de ses adversaires. Un après-midi, son équipe à terre tente de le joindre en vain. Il répond quatre heures plus tard. Pendant ce temps, il ronflait tandis que son bateau dévorait les milles, de quoi décourager ceux qui cravachent derrière.
À chaque pointage, il creuse l'écart. Son but est d'aborder la fin de course sereinement, sans se faire piéger près de l'archipel.
La Guadeloupe, dernier piège, et la peur du retour à terre
Le volcan de la Soufrière culmine à plus de 1 000 mètres et provoque de terribles dévents. Le tour de la Guadeloupe en a coincé plus d'un, à commencer par Michel Malinovsky en 1978.
Pour écarter ce risque, Loïck Peyron, alors responsable du team Gitana, sort les gros moyens. Il organise un repérage depuis la terre et en hélicoptère pour identifier les zones sans vent et aider Lemonchois à choisir sa trajectoire.
À quelques heures de l'arrivée, le skipper a surtout une inquiétude : son retour victorieux sur terre. « Pour l'instant je suis dans mon cocon. Je me sens bien protégé de tout ça mais dans quelques heures, je sais que ça va s'arrêter », confie Lionel Lemonchois.
Chez ses rivaux, les compliments pleuvent. Thomas Coville dit que « Lionel fait l'unanimité chez les skippers, ce qui est rare ». Pascal Bidégorry, deuxième de la course, lâche : « Lionel a été le plus tueur de nous tous. »
Vos questions
Quel est le temps de Lionel Lemonchois sur la Route du Rhum 2006 ?
Il a traversé l'Atlantique en 7 jours, 17 heures et 19 minutes à bord du trimaran Gitana 11. Ce temps a pulvérisé le précédent record, détenu par Laurent Bourgnon.
Pourquoi cette traversée a-t-elle été aussi rapide ?
La météo était rarement aussi favorable : un flux d'est jusqu'aux Açores, puis les alizés. Lemonchois avait aussi choisi la route sud, plus directe, et il a tenu un rythme extrême, avec 475 milles en 24 heures.
Quand part la prochaine Route du Rhum ?
La 13e édition s'élance le 1er novembre 2026. D'ici là, des archives de la course sont rediffusées chaque week-end.
Sources : france3-regions.francetvinfo.fr.








